La sélection tunisienne a été éliminée en 8èmes de finale de la CAN 2025 face à l’un des plus faibles Mali de ces dernières années. Un échec que tout le monde voyait venir, sauf.. la fédération tunisienne de football.
Her ewe go again ; après une énième désillusion, le sélectionneur est limogé, démis de ses fonctions, viré, licencié, mis à la porte, remercié : nous ne savons plus quelle forme n’a pas été utilisée tant la valses des coachs est devenue la norme au sein de la fédération. Un air de déjà-vu sur fond du traditionnel bal des hypocrites : ceux qui promettent des changements radicaux (alors qu’ils font eux même parti du problème), ceux qui, pour masquer leur incompétence,pointeront la faute sur le sélectionneur et ceux qui n’ont soi-disant jamais été pour la nomination du sélectionneur « fautif ».
Alors que Moez Nasri, le président de la fédération et Hussein Jenayah, le vice-président qui n’en est pas vraiment un (nous y reviendrons plus loin) annonçaient dans un discours aux joueurs des ambitions démesurées la veille du départ à la CAN sans vraiment s’en donner les moyens, la réalité a encore fini par nous rattraper au Maroc et les « On est les meilleurs… On va gagner… Il faut gommer nos auto-limites » ont sonné comme une grossière utopie. Comment avons-nous continué à creuser ainsi le fond ?
Aux origines de la crise
La crise du football tunisien qui vient sans doute d’atteindre son point culminant cette semaine n’est ni plus ni moins que le résultat d’une lente descente aux enfers entamée depuis 20 ans. Après un âge d’or entre 2002 et 2006 sous l’égide de l’illustre président de la fédération de l’époque, Hammouda Ben Ammar, qui a notamment mené une politique d’ouverture avec l’intégration de jeunes binationaux, connu le sacre de la CAN 2004 au pays et la participation à deux mondiaux (2002, 2006), la sélection avait commencé, petit à petit, à perdre pied en même temps que le championnat national.
L’influence des clubs locaux un temps mise à mal est revenue petit à petit polluer la sélection en interférant dans les choix des joueurs appelés comme durant les années 90 (période là aussi où les Aigles oscillaient entre le bon et le désastreux). Une chute silencieuse imposée aux supporters par des hommes de réseau, cherchant plus à se placer qu’à faire évoluer la sélection. Une instabilité institutionnelle à laquelle mettra fin un homme, Wadii Jari qui restera à la tête de la FTF plus d’une décennie et qui, malgré deux participations de rang à la Coupe du Monde, érigera le populisme, le copinage et la discorde, jusqu’à son incarcération en 2023 pour des affaires de corruption et de matchs truqués, laissant derrière lui des caisses étrangement vides malgré les revenus considérables engrangés sous sa présidence.
Si la tête a été coupée, le système restera bel et bien en place, avec des hommes encore en fonction et qui ont fini d’enfoncer le dernier clou du cercueil d’un football tunisien à l’état de mort clinique depuis quasiment deux décennies.
Jenayah au banc des accusés
Des personnes faisant parti de l’ancien système Jari, un nom ressort : un certain Hussein Jenayah qui incarne parfaitement cette politisation du football tunisien ayant pris le pas sur le sportif. Lui l’homme aux multiples casquettes ; tantôt conseiller municipal, tantôt député, mais aussi homme d’affaire et dirigeant de club (il sera par ailleurs sanctionné d’une interdiction de banc pendant 24 mois à la suite del’agression d’un arbitre assistant lors d’un match de championnat).

Jenayah représente quasiment à lui seul tous les maux du football tunisien : ancien bras droit de Jari, il pensera dans un premier temps à se présenter pour lui succéder avant d’habilement se retirer pour se positionner en tant que vice-président de la fédération. Un poste qui lui confère un pouvoir presque absolu puisqu’il placera un fidèle (Zied Jaziri), qui a pour mission notamment de choisir le sélectionneur de l’équipe nationale.
De plus, et comme révélé par des confrères, il serait plus qu’un simple dirigeant, puisqu’il participerait au choix des joueurs sélectionnés, allant même jusqu’à imposer le capitaine de l’EN ou encore son avis sur le onze de départ. Ajoutons à cela une nouvelle affaire venue encore entacher l’image de la Tunisie auprès des instance africaines à la suite d’une altercation avec un membre de la CAF lors de la dernière rencontre de la phase de poule face au Nigeria. Sans parler des « couacs » lors des déplacements de l’équipe, le manque de traçabilité des dépenses de la fédération, qui ont poussé certains joueurs à payer eux même leurs voyages et frais de bouches ou la fois où la sélection a failli faire l’impasse sur une compétition, certes secondaire, par manque de moyens pour se loger.
Alors la question que tout le monde se pose est : que fait un homme politique et businessman à la vice-présidence de la FTF : rien de bon. Dans un système où la compétence n’est pas le critère premier pour la nomination des responsables, Jenayah a en effet toute sa place. Il temps qu’un grand ménage se fasse car comme l’a dit Hannibal Mejbri, la Tunisie accuse un retard considérable en matière de travail de fond, de stratégie, de gestion économique, humaine et sportive.
Et après ?
Maintenant que les choses sont exposées, que faire à six mois d’une échéance comme la Coupe du Monde : parer au plus urgent ou oser une refonte totale, à chaque fois retardée ? Le salut ne passera que par un changement d’hommes et de système car la pilule du sélectionneur ne passe plus auprès d’un public tunisien dépité et de plus en plus avisé.
Oui la Tunisie regorge de talents et de compétences pour relever son football, et des personnalités crédibles comme Tarek Dhiab, Zoubeir Baya (pour ne citer qu’eux) pourraient être mises à contribution pour leur réseau à l’international, leur connaissance, leur vision du football et leur vécu de dirigeants.

Si les coachs tunisiens réussissent partout où ils passent sans être encore prophètes en leur pays, et alors que l’on se dirige vers la nomination d’un coach étranger pour atténuer les tensions, il est temps de voir large et de dupliquer notre dernier modèle de réussite (la CAN 2004) en se tournant davantage vers les acteurs de ce sacre (structure de consulting ou rôles plus actifs). Des profils comme Jaidi, Badra, Bouazizi, Nafti, Chedly, Mnari, Yahia & Co ne feront que du bien à une sélection en manque de repères, à condition de les protéger, de créer une structure solide et tracer une stratégie claire : tout ce que la Tunisie du football attend depuis maintenant d’interminables années.
Gardons espoir !