La Tunisie peut-elle passer du « rien au tout » avec Renard ?

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Certaines défaites coûtent bien davantage que d’autres ; au cœur d’un désastre sportif et institutionnel rarement vu à ce niveau, les Aigles de Carthage, ont raté leur entrée en lice à la Coupe du Monde 2026 et se retrouvent en l’espace de quelques heures avec un nouveau sélectionneur propulsé en pleine compétition (Hervé Renard, successeur de Sabri Lamouchi, ndlr). Mais au-delà de ce changement devenu inéluctable, une question demeure : comment ce brutal passage de l’incertitude à l’urgence absolue se gère-t-il dans la tête des joueurs ?

L’illusion du bouton « reset » 

Si changer de sélectionneur est une chose, modifier l’état mental d’un vestiaire marqué par une préparation rocambolesque, des tensions internes et un tollé grandissant au pays en est une autre. Et c’est là aussi la « mission commando » qui attend Hervé Renard.

Dans l’imaginaire collectif, un changement de coach est souvent perçu comme cet électrochoc capable de gommer instantanément tous les maux. Pourtant, en performance, il n’existe pas de bouton « reset ». Si le choix de la Tunisie s’est porté sur un sélectionneur réputé pour sa personnalité et sa capacité à transcender son groupe, le défi du tombeur de l’Argentine au dernier Mondial sera de vite restaurer des valeurs de cohésion et de solidarité qui semblent perdues au sein du giron tunisien.

Hervé Renard lors de sa conférence de presse

Quand l’environnement devient un adversaire supplémentaire

Avec des joueurs qu’il récupère avec un historique émotionnel très marqué et sans automatismes mentaux installés en amont de la compétition (l’absence de préparateur mental au sein de l’EN interroge), Hervé Renard hérite d’un ensemble tunisien dont l’énergie mentale n’était plus consacrée à gagner un match, mais à éviter l’erreur pour les uns, se protéger ou gérer les frustrations internes pour les autres.

Le défi du recadrage mental

Il est connu que les athlètes donnent davantage lorsqu’ils retrouvent une perception claire de leur mission et de leur utilité. C’est dans ce contexte que le double champion d’Afrique 2012-2015 s’activera à restaurer des leviers comme la confiance, le retour aux repères simples.. choses qu’il dégage naturellement et qu’il a exprimées dès ses premières déclarations à son arrivée en terres mexicaines. 

Un « recadrage » dans l’urgence, c’est entre autres, le challenge du natif d’Aix-les-Bains qui devra faire passer les joueurs du mode : « nous sommes en crise » à une lecture plus mobilisatrice : « nous avons encore une opportunité à saisir ».

Hervé Renard avec Khalil Ayari lors du premier entraînement

S’il n’est pas réaliste d’espérer un passage du « rien au tout » en cinq jours, le déclic viendra peut-être de la capacité du coach à la chemise immaculée à convaincre le groupe Tunisie de croire à nouveau en ses possibilités. 

Et maintenant ?

Passée l’onde de choc, l’arrivée d’un technicien de l’envergure d’Hervé Renard a été largement saluée, aussi bien au sein du groupe qu’auprès de l’opinion publique. Pour autant, le changement ne dépendra ni de son aura ni de son CV, mais de sa capacité à restaurer une croyance collective abîmée par les résultats, les tensions et l’agitation ambiante. 

Échaudés par le décalage entre les beaux discours de l’ancien sélectionneur et la réalité vécue ces dernières semaines, joueurs et supporters attendent désormais moins de promesses et plus de repères. Le résultat suivra, ou pas.. Mais la Tunisie du football a envie d’y croire.

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