Il y a des trajectoires qui semblent toutes tracées avant que le football ne se charge de les rendre beaucoup moins linéaires. Celle d’Ismaël Gharbi en est un parfait exemple.
Formé au Paris Saint-Germain, Gharbi est très tôt considéré comme l’un des talents les plus prometteurs du centre de formation parisien. Technique, à l’aise dans les petits espaces et capable d’éliminer, il commence très jeune à côtoyer l’équipe professionnelle et un vestiaire composé alors de quelques-unes des plus grandes stars du football mondial.
Mais dans un effectif où la concurrence laisse peu de place aux jeunes, le milieu offensif comprend rapidement qu’il devra aller chercher ailleurs le temps de jeu nécessaire à sa progression.
Direction la Suisse, d’abord, avec le Stade Lausanne-Ouchy, où il réalise une première saison pleine chez les professionnels. Puis le Portugal et Braga, où il poursuit son apprentissage et confirme par séquences les qualités entrevues durant sa formation parisienne.
Deux passages plus que corrects qui semblent alors progressivement lancer sa carrière.
📉 Une saison où rien ne va
La saison suivante marque pourtant un véritable coup d’arrêt.
Prêté à Augsbourg, Gharbi peine à trouver sa place et son temps de jeu se réduit considérablement. Une situation frustrante pour un joueur arrivé en Allemagne avec l’ambition de franchir un nouveau palier.
Les difficultés rencontrées en club se prolongent ensuite en sélection.
Après avoir choisi de représenter la Tunisie et connu des débuts encourageants avec les Aigles de Carthage, Gharbi traverse, comme l’ensemble de la sélection, une Coupe du monde complètement ratée.
À une saison compliquée en club vient donc s’ajouter une immense désillusion avec son pays.
Mais le plus difficile reste malheureusement à venir.
Quelques jours après le Mondial, Ismaël Gharbi est frappé par le décès de son frère Mehdi. Une épreuve personnelle autrement plus importante que toutes les difficultés rencontrées jusque-là sur un terrain de football.
En l’espace de quelques mois, rien ne semble alors épargner le jeune Tunisien : peu de temps de jeu en club, un Mondial manqué et, surtout, un drame familial.
🇪🇸 Leganés, le nouveau départ
Quelques semaines plus tard, Gharbi retrouve les terrains avec un nouveau défi.
Braga le prête à Leganés, en deuxième division espagnole, avec option d’achat. Un choix qui pouvait apparaître comme une régression dans sa carrière. Il ressemble aujourd’hui de plus en plus à un pas en arrière pour mieux repartir de l’avant.
Dès les premières journées, Gharbi retrouve du temps de jeu, de la confiance et surtout une place importante dans l’animation offensive de Leganés.
Au-delà de ses buts et de ses passes décisives, ses prestations séduisent les supporters, qui louent sa créativité, sa vista, sa capacité à provoquer et à multiplier les courses. Mais c’est aussi son investissement sans ballon qui est apprécié : Gharbi n’hésite pas à effectuer les replis défensifs, à presser et à multiplier les efforts pour son équipe. Une grinta qui vient compléter ses qualités techniques.
Son match face à Grenade en est une nouvelle illustration. Passeur décisif puis auteur du but de la victoire en fin de rencontre, Gharbi a une nouvelle fois pesé sur le jeu de Leganés et confirmé son excellent début de saison.
Petit à petit, celui qui manquait cruellement de temps de jeu il y a encore quelques mois retrouve le plaisir, la confiance et l’influence qui avaient fait de lui l’un des grands espoirs du centre de formation du PSG.
🦅 Un futur leader offensif pour la Tunisie ?
C’est peut-être là que le début de saison d’Ismaël Gharbi devient particulièrement intéressant pour les Aigles de Carthage.
Ces dernières années, la Tunisie a dû tourner deux pages importantes de son histoire récente avec les retraites internationales de Wahbi Khazri puis de Youssef Msakni.
Deux joueurs qui, pendant de longues années, ont porté une grande partie de la responsabilité offensive de la sélection. Deux joueurs capables de demander le ballon lorsque le match se compliquait, de provoquer et parfois de faire basculer une rencontre sur une inspiration individuelle.
Depuis leurs départs, la Tunisie est quelque peu restée orpheline de ses anciens leaders offensifs.
Gharbi a certes encore beaucoup de choses à prouver. Mais à seulement 22 ans, il possède plusieurs qualités qui manquent aujourd’hui à notre sélection, et surtout cette envie, retrouvée à Leganés, de prendre davantage de responsabilités dans le jeu.
✨ Une lueur d’espoir pour les Aigles
Après les désillusions de la dernière CAN puis de la Coupe du monde, le football tunisien a besoin de retrouver de l’enthousiasme.
La sélection doit progressivement se reconstruire, trouver de nouveaux repères et voir émerger une génération capable de reprendre le flambeau laissé par ses anciens cadres.
Dans ce contexte, le début de saison d’Ismaël Gharbi constitue forcément une lueur d’espoir.
Il est évidemment encore trop tôt pour faire de lui le nouveau leader offensif de la Tunisie.
Mais après une année durant laquelle rien ou presque ne lui aura été épargné, le voir retrouver du temps de jeu, de la confiance et surtout le plaisir de jouer constitue déjà une excellente nouvelle.
Le talent, lui, n’avait probablement jamais disparu.
Il fallait peut-être simplement lui redonner l’occasion de l’exprimer.
Et si l’heure d’Ismaël Gharbi était enfin arrivée ?